Accord RDC-USAsur les migrants expulsés : Émile SUMAILI MISEKA exige les explications du Gouvernement
L e dossier commence à prendre une tournure politique. Face aux nombreuses interrogations suscitées par l’accord annoncé entre la République démocratique du Congo et les États-Unis d’Amérique sur l’accueil de migrants expulsés du territoire américain, l’Honorable Émile Sumaili Miseka est monté au créneau.
Le député national élu de Shabunda, au Sud-Kivu, a déposé, mardi 7 avril 2026, une question d’actualité adressée à la Ministre d’État en charge des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et de la Diaspora congolaise. Par cette initiative, l’élu entend obtenir du Gouvernement des réponses précises sur un dossier qui, depuis son annonce, alimente les inquiétudes et les spéculations.
Selon les informations évoquées ces derniers jours, la RDC aurait accepté d’accueillir, dès ce mois d’avril, des migrants ou ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis. Le mécanisme est présenté comme temporaire et entièrement financé par Washington. Mais pour Émile Sumaili Miseka, derrière cette présentation officielle demeurent de nombreuses zones d’ombre. Dans sa correspondance, le parlementaire relève d’abord l’absence de données claires sur le nombre exact de personnes concernées. Qui sont ces migrants ? De quels pays proviennent-ils ? Quel sera leur statut juridique une fois sur le territoire congolais ? Combien de temps devront-ils séjourner en RDC ? Autant de questions auxquelles, estime-t-il, le Gouvernement ne peut se soustraire. L’élu de Shabunda redoute qu’un accord présenté comme provisoire ne se transforme, faute de garanties suffisantes, en une situation durable aux conséquences difficiles à maîtriser. Il demande ainsi que l’Exécutif précise les dispositions prévues pour assurer le retour effectif de ces personnes vers leurs pays d’origine ou vers une autre destination, une fois la période d’accueil arrivée à son terme.
Au-delà des aspects administratifs, c’est surtout la question sécuritaire qui préoccupe le député national. Dans un contexte où l’est du pays reste confronté à l’activisme des groupes armés et où les frontières demeurent poreuses, Émile Sumaili Miseka appelle à la plus grande vigilance.
Il réclame des explications sur les mécanismes de contrôle et de filtrage qui seront mis en place avant toute arrivée sur le territoire congolais. Le député veut notamment savoir si des vérifications approfondies sont prévues pour écarter tout risque d’infiltration d’individus liés à des réseaux criminels, terroristes ou de narcotrafic.
« La République ne peut accepter un tel dispositif sans garanties absolues sur la sécurité de ses citoyens », soutient en substance l’élu de Shabunda, qui insiste également sur la nécessité d’identifier avec précision la nationalité des personnes concernées.
Le député attire particulièrement l’attention sur l’éventuelle présence de ressortissants en provenance de pays voisins ou de zones considérées comme sensibles. Pour lui, une telle hypothèse imposerait une vigilance renforcée, au regard des fragilités sécuritaires persistantes dans la région des Grands Lacs. Autre sujet de préoccupation : les sites qui pourraient être retenus pour accueillir ces migrants. Émile Sumaili Miseka demande au Gouvernement de révéler la localisation exacte des centres d’hébergement, les modalités de leur fonctionnement ainsi que les mesures envisagées pour éviter toute tension avec les populations locales.
Sur le plan financier, le député estime que les déclarations américaines sur une prise en charge totale de l’opération ne suffisent pas. Il exige que le Gouvernement rende publics les termes précis de l’accord, le niveau réel du financement annoncé et les éventuelles obligations qui pourraient incomber à la RDC.
Pour le député de Shabunda, ce dossier ne peut être abordé sans un regard lucide sur les leçons du passé. Il rappelle que la région des Grands Lacs a déjà connu, au fil des années, des mouvements massifs de populations dont certaines conséquences continuent encore aujourd’hui d’alimenter l’instabilité dans plusieurs provinces de la RDC.
Dans cet esprit, Émile Sumaili Miseka met en garde contre toute décision prise dans la précipitation ou dans l’opacité. Il considère qu’une telle question touche directement à la souveraineté nationale, à la sécurité intérieure et à l’intégrité territoriale du pays.
En portant cette affaire devant la représentation nationale, le député entend placer le Gouvernement face à ses responsabilités. Il rappelle que l’Assemblée nationale a le devoir d’exercer un contrôle rigoureux sur tous les engagements susceptibles d’avoir des répercussions politiques, diplomatiques ou sécuritaires pour la République.
Dans l’attente des réponses officielles de la Ministre des Affaires étrangères, cette affaire continue de nourrir un vif débat dans l’opinion. Et au-delà des déclarations rassurantes, une partie de la population attend désormais que toute la lumière soit faite sur les véritables contours de cet accord conclu entre Kinshasa et Washington.
Rédaction || MC