En RD-Congo, le débat sur la révision constitutionnelle s’intensifie
L e regroupement politique RCET-CPS, dirigé par Jean-Pierre Lisanga Bonganga, a appelé ce jeudi 30 avril à un changement radical de la Loi fondamentale. Une prise de position qui s'inscrit dans un climat de tensions croissantes entre la majorité et l'opposition.
C’est une petite phrase, empruntée à la sagesse populaire, qui a conclu l’allocution :
« Oyo azali na matoyi ya koyoka... Ayoka » (Que celui qui a des oreilles pour entendre entende). Ce jeudi 30 avril 2026, à Kinshasa, le Rassemblement des compagnons d’Étienne Tshisekedi pour le Changement et le Progrès Social (RCET-CPS) a jeté un pavé dans la mare politique congolaise en réclamant officiellement l’abandon de l’actuelle Constitution.
Un débat relancé par les ténors
Le ton a été donné par Jean-Pierre Lisanga Bonganga, coordinateur national du mouvement. Pour ce dernier, le débat ne doit plus se limiter aux plateaux de Radio France Internationale (RFI), où les interventions récentes d'Isaac Tshilumbayi (1er Vice-Président de l'Assemblée Nationale) et d'Olivier Kamitatu (Ensemble pour la République) ont ravivé les braises d'une querelle institutionnelle que l'on croyait assoupie.
Si M. Tshilumbayi plaide pour un changement profond et M. Kamitatu pour une simple révision, le RCET-CPS, lui, tranche pour la rupture.
« La Constitution n'est ni la Bible, ni le Coran, ni la Torah », martèle LisangaBonganga, fustigeant une loi qu’il juge inadaptée aux enjeux de souveraineté du pays.
Les « prédateurs » et la menace de balkanisation
Le cœur de l'argumentaire développé par les proches de l’héritage Tshisekedi repose sur une lecture sécuritaire de la charte actuelle. Le mouvement pointe du doigt les articles 4, 51 et 217, qu'il accuse de porter les germes de la « balkanisation » de la République Démocratique du Congo.
Selon le RCET-CPS, certaines dispositions issues de l'accord de Lemera favoriseraient des intérêts étrangers et des « prédateurs » cherchant à morceler le territoire national. Plus grave encore, le Rassemblement affirme que l'article 220 — qui verrouille notamment le nombre de mandats présidentiels — aurait été conçu « en faveur des belligérants » pour leur garantir un accès exclusif à la magistrature suprême.
Vers un « Dialogue National » sélectif
Tout en appelant les institutions étatiques à prendre leurs responsabilités pour l'adoption d'une nouvelle Constitution, Jean-Pierre Lisanga Bonganga a évoqué la tenue prochaine d'un « Dialogue National ».
Toutefois, la main tendue semble sélective. Le mouvement a d'ores et déjà annoncé son refus de voir siéger ceux qu'il qualifie de bourreaux :
« Tous ceux qui ont pris les armes, qui ont participé aux massacres de nos populations, qui ont contribué aux viols et à l'exploitation illégale de nos ressources naturelles n'y seront pas conviés. »
Cette sortie intervient alors que la question du calendrier électoral reste suspendue à la libération totale du territoire, le RCET-CPS liant directement la tenue des scrutins à la fin de « l'occupation étrangère », citant explicitement l'armée rwandaise.
Rédaction || MC