« Fimbu » fait danser le monde, mais son créateur reste dans l'ombre : Félix Wazekwa mérite-t-il enfin la reconnaissance de la Nation ?
I l existe des chansons qui traversent les générations. D'autres franchissent les frontières pour devenir de véritables symboles nationaux. « Fimbu », œuvre de Félix Wazekwa, appartient désormais à cette seconde catégorie.
Sortie en 2015, cette chanson, dont le message initial était de dénoncer l'impunité, les antivaleurs et de promouvoir la discipline, a connu un destin exceptionnel. Ce qui n'était au départ qu'une œuvre musicale engagée est devenu, au fil des années, l'hymne de la victoire des Léopards de la République démocratique du Congo.
Aujourd'hui, il est pratiquement impossible d'imaginer une célébration des Léopards sans entendre les premières notes de « Fimbu ». Dès qu'un but est inscrit, les joueurs, le banc technique, les supporters et parfois même les journalistes reprennent cette chanson devenue un véritable rituel de célébration.
L'impact de « Fimbu » dépasse désormais largement le cadre du football. À l'occasion de la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, cette œuvre résonne dans les stades, anime les fan-zones et est reprise sur plusieurs chaînes de télévision internationales. Des milliers de personnes, qui ne parlent ni le lingala ni les langues congolaises, chantent aujourd'hui le refrain avec enthousiasme.
C'est là toute la force de la culture : faire connaître un pays sans discours politique, sans campagne publicitaire et sans diplomatie officielle.
À travers « Fimbu », c'est le nom de la République démocratique du Congo qui voyage. C'est le lingala qui s'impose sur la scène internationale. C'est une partie de l'identité culturelle congolaise qui est portée par le football.
Pourtant, une interrogation demeure.
Le principal artisan de cette œuvre bénéficie-t-il réellement de la reconnaissance que mérite une telle contribution au rayonnement de la Nation ?
À ce jour, tout porte à croire que non.
Selon les observations de la rédaction de Mwinda Congo, Félix Wazekwa ne figure même pas parmi les membres des délégations officielles accompagnant régulièrement les Léopards lors des grandes compétitions internationales. Une absence qui contraste avec la place qu'occupe sa chanson dans les célébrations de l'équipe nationale.
Il est tout à fait normal que les joueurs, les entraîneurs et les membres du staff soient récompensés pour leurs performances. Leur mérite est incontestable. Mais il serait tout aussi légitime de reconnaître celui dont l'œuvre est devenue l'une des signatures culturelles des Léopards.
La musique est aujourd'hui un puissant outil de diplomatie culturelle. Plusieurs nations investissent dans leurs artistes parce qu'elles savent qu'ils véhiculent une image positive de leur pays auprès du monde entier. La RDC possède, avec « Fimbu », un patrimoine populaire qui contribue au rayonnement du pays bien au-delà des terrains de football.
Dans le domaine des distinctions honorifiques, plusieurs artistes congolais ont déjà été élevés aux différents grades des ordres nationaux pour leurs contributions à la culture. Cette réalité amène naturellement une autre question : Félix Wazekwa, dont une chanson accompagne désormais les plus grandes victoires du pays et contribue à promouvoir la RDC sur la scène internationale, ne mérite-t-il pas lui aussi une distinction officielle ?
Il ne s'agit pas d'une faveur, encore moins d'un privilège. Il s'agit d'une reconnaissance institutionnelle envers un artiste dont l'œuvre est devenue un élément du patrimoine populaire congolais.
L'histoire retiendra que, partout où les Léopards ont fait vibrer les Congolais, « Fimbu » était au rendez-vous. Des stades africains aux grandes compétitions mondiales, cette chanson a uni un peuple, porté une équipe et fait connaître le Congo à travers sa musique.
Les autorités en charge de la Culture, des Sports et du Tourisme, ainsi que les dirigeants du football congolais, gagneraient à accorder une attention particulière à cette question. Reconnaître les talents qui font rayonner le pays, c'est aussi encourager les générations futures à créer des œuvres capables de porter haut les couleurs de la République.
Le football offre la victoire. La musique lui donne une âme. Et cette âme, depuis plus de dix ans, porte un nom : « Fimbu ». Son créateur, Félix Wazekwa, mérite que la Nation lui rende l'hommage correspondant à son apport exceptionnel.
Arnold NDUNDA
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