Souveraineté économique : Samy BADIBANGA alerte sur les enjeux stratégiques des corridors Banana et Lobito
D ans une tribune à forte portée stratégique, l’ancien Premier ministre de la République démocratique du Congo, Samy Badibanga, met en garde contre les risques de marginalisation économique du pays dans la compétition régionale autour des corridors de transport, notamment ceux de Lobito et de Banana.
Un choix stratégique aux implications majeures
Selon Samy Badibanga, la dynamique actuelle autour du corridor de Lobito, soutenu par l’Angola et plusieurs partenaires internationaux, pourrait redéfinir les flux d’exportation des minerais du Grand Katanga vers l’océan Atlantique. Une orientation qui, estime-t-il, pourrait fragiliser la vision nationale du corridor de Banana, conçu comme un axe structurant pour l’intégration économique interne de la RDC.
L’ancien chef du gouvernement estime que privilégier des routes d’exportation extérieures revient à affaiblir la capacité du pays à consolider sa propre infrastructure logistique. Il met en garde contre une solution « de court terme » susceptible de devenir structurelle au détriment des intérêts congolais.
L’infrastructure, pilier de la souveraineté et du développement
Au-delà des enjeux miniers, la tribune souligne le rôle central des infrastructures dans la stabilité et le développement du pays. Samy Badibanga rappelle que l’enclavement de plusieurs provinces, notamment dans l’Est, demeure un facteur de vulnérabilité sécuritaire et économique.
Il insiste également sur le potentiel agricole de la RDC, qui ne pourrait être pleinement exploité sans un réseau de transport performant reliant les zones de production aux grands centres de consommation et d’exportation. À cet effet, il cite les modèles internationaux tels que les corridors industriels chinois ou européens, bâtis autour d’une logistique intégrée.
Un appel à un débat national structuré
Face à ces enjeux, Samy Badibanga appelle à l’organisation d’un débat national inclusif réunissant décideurs politiques, experts économiques, partenaires techniques et société civile. L’objectif serait de définir une stratégie cohérente de développement des infrastructures à long terme.
S’appuyant sur une citation du général Eisenhower — « Les amateurs discutent de stratégie, les professionnels parlent de logistique » — il plaide pour la mise en œuvre urgente d’un plan décennal de développement des corridors internes, notamment un axe économique reliant Kolwezi, le Kasaï, Kikwit et Kinshasa.
Une urgence de souveraineté économique
Pour Samy Badibanga, l’enjeu dépasse la simple question d’infrastructures : il s’agit d’un choix de souveraineté économique. La RDC, riche en ressources naturelles, doit selon lui renforcer sa capacité à transformer localement ses richesses en croissance et en emplois.
Il conclut en soulignant que le pays ne peut déléguer la défense de ses intérêts stratégiques à des acteurs extérieurs : « Personne ne défendra les intérêts de la RDC à notre place. »
Arnold NDUNDA
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