Angola : Vague de manifestations contre la vie chère et le régime de João Lourenço
D epuis cinq jours, des milliers d’Angolais battent le pavé à travers les principales villes du pays pour dénoncer la détérioration des conditions de vie, la hausse des prix du carburant et exiger le départ du président João Lourenço, au pouvoir depuis 2017. La situation, tendue et confuse, traduit une profonde crise sociale et politique qui secoue l’un des pays les plus riches en pétrole d’Afrique.
À Luanda, Benguela, Huambo et Lubango, les manifestants expriment leur ras-le-bol face à l’inflation galopante qui affecte les produits de première nécessité. En juin dernier, l’Office national des statistiques (INE) avait annoncé une inflation annuelle dépassant les 18 %, tirée notamment par l’augmentation du prix des carburants — dont le litre d’essence a été revu à la hausse de 45 % après la levée partielle des subventions publiques.
« Nous ne pouvons plus vivre dans cette misère pendant que le pays regorge de richesses », déclare Joana, une manifestante de 32 ans rencontrée à Luanda. « Le président Lourenço a échoué. Il doit partir », martèle-t-elle, pancarte en main.
Répression policière et coupures d’Internet
Les manifestations, en grande partie pacifiques, ont été sévèrement réprimées par les forces de l’ordre. Selon des sources locales, au moins 9 personnes auraient été tuées et plusieurs dizaines blessées, tandis que des centaines d’arrestations ont été signalées, y compris parmi des journalistes et des membres d’organisations de la société civile.
Par ailleurs, des perturbations massives d’Internet ont été signalées, notamment sur les réseaux sociaux et les services de messagerie, dans ce qui semble être une tentative des autorités de freiner la mobilisation et de contrôler la circulation de l’information.
Des revendications politiques claires
Au-delà des difficultés économiques, la colère populaire s’est aussi muée en revendication politique. De nombreux manifestants exigent non seulement le départ du président João Lourenço, mais également la dissolution du MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola), au pouvoir depuis l’indépendance en 1975.
« Il est temps de tourner la page du monopole politique. Le MPLA a confisqué la démocratie pendant 50 ans. Nous voulons des élections libres, une justice indépendante, et une alternance véritable », explique un jeune activiste du mouvement Angola Muda Já.
Le gouvernement reste silencieux
Jusqu’à présent, le président Lourenço ne s’est pas exprimé publiquement sur la crise. Le porte-parole du gouvernement, Rui Falcão, s’est limité à dénoncer des « manipulations de l'opposition et de l’étranger » et à promettre que « l’ordre public sera rétabli dans le strict respect de la loi ».
Une crise aux répercussions régionales ?
L’instabilité en Angola pourrait avoir des répercussions au-delà de ses frontières, notamment sur les pays voisins fortement dépendants des exportations pétrolières angolaises. Des observateurs de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) ont appelé au calme et au dialogue, tout en exhortant Luanda à respecter les droits fondamentaux des citoyens.
La situation reste volatile. Les manifestants promettent de maintenir la pression tant que leurs revendications ne seront pas prises en compte. Une mobilisation de plus en plus organisée, qui met le régime de João Lourenço face à l’une de ses plus grandes épreuves depuis son accession au pouvoir.