ÉDITORIAL : À l’ONU, Félix TSHISEKEDI brise le silence : « Reconnaissez le génocide congolais »
É dito signé, Arnold NDUNDA : Il y a des discours qui ne sont pas seulement des prises de parole officielles, mais des tournants historiques. Celui prononcé par Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo devant la 80ᵉ session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies appartient à cette catégorie. Ce n’était pas un discours de circonstance, encore moins un exercice diplomatique convenu : c’était un cri de vérité, un acte d’accusation lancé à la face du monde, et un appel à la conscience collective.
L’ONU face à ses responsabilités
Au moment où l’ONU célèbre ses 80 ans, Félix Tshisekedi a refusé la langue de bois. Il a rappelé que le multilatéralisme ne doit plus être un slogan, mais une nécessité vitale dans un monde déstabilisé par les conflits, les dérèglements climatiques et les menaces globales.
En annonçant la volonté de la RDC — nouvellement élue membre non permanent du Conseil de sécurité pour 2026–2027 — de contribuer à un système plus juste, Tshisekedi a aussi posé une exigence claire : la réforme du Conseil de sécurité pour que l’Afrique obtienne deux sièges permanents et deux non permanents supplémentaires, avec les mêmes droits que les membres actuels. Une revendication légitime, portée au nom d’un continent trop souvent marginalisé dans les décisions qui le concernent.
« Génocide silencieux » : l’heure n’est plus au déni
Mais c’est en évoquant le drame de l’Est congolais que le président a frappé les consciences. Depuis plus de trois décennies, une guerre de prédation ravage cette région, causant des millions de morts, des déplacements massifs et des atrocités indicibles. Tshisekedi a eu le courage de prononcer les mots que le monde refuse encore : « génocide ».
Il a désigné les responsabilités : le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, continue de semer la terreur. Et il a rappelé la résolution 2773 du Conseil de sécurité exigeant leur retrait immédiat. Mais au-delà de la dénonciation, il a lancé un appel pressant : la communauté internationale doit reconnaître officiellement le génocide congolais, soutenir la création d’une commission d’enquête indépendante, et imposer des sanctions ciblées aux États et entreprises qui profitent du chaos pour piller les richesses congolaises.
La paix exige la justice
« La République démocratique du Congo ne demande ni pitié ni charité. Elle réclame la justice, la vérité et la dignité », a déclaré Tshisekedi. Cette phrase résume toute la philosophie de son discours. Car il n’y aura pas de paix durable sans justice.
Le temps est venu pour les Nations Unies de sortir de l’indifférence complice. Chaque jour de silence est un jour de plus d’impunité pour les criminels, un jour de plus d’humiliation pour les victimes.
Le Congo ne veut plus être une victime, mais une solution
Ce discours n’a pas seulement été un cri d’alerte. Il a aussi été porteur d’espoir. Félix Tshisekedi a rappelé que la RDC, souvent réduite à ses tragédies, est aussi un pays d’avenir. Avec le projet Grand Inga, la lutte contre l’écocide, et la volonté de devenir un acteur clé dans la transition énergétique mondiale, le Congo veut se positionner comme pays-solution.
L’avenir du monde se joue aussi au cœur de l’Afrique centrale. Reconnaître cela, c’est rompre avec des décennies de mépris géopolitique.
Un test moral pour l’humanité
L’éditorialiste que je suis ne peut conclure sans poser cette question : que vaut l’ONU si elle ne sait pas nommer un génocide lorsqu’il se déroule sous ses yeux ? Que valent nos grandes puissances si elles continuent de fermer les yeux sur un drame humain d’une telle ampleur ?
Le discours de Félix Tshisekedi n’est pas seulement celui d’un président. C’est celui d’un peuple qui, depuis trop longtemps, souffre en silence. C’est l’appel d’une nation qui ne veut plus mourir dans l’indifférence générale.
Le monde est désormais placé devant un choix moral : continuer à détourner le regard, ou enfin affronter la vérité et agir. Car, comme l’a si bien rappelé le président congolais, « le silence et l’inaction face à ces crimes s’apparentent à une complicité ».
Arnold NDUNDA
Édito ||MC
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