Guerre de l’Est et virus Ebola : l’offensive diplomatique de Ferdinand Massamba à Genève
À l’occasion de la 114e Conférence internationale du Travail, le nouveau ministre congolais de l'Emploi, Ferdinand Massamba Wa Massamba, a profité de la tribune de l’OIT pour lier la question du droit du travail aux urgences humanitaires qui frappent l'est du pays.
C’est un baptême du feu multilatéral pour Ferdinand Massamba Wa Massamba. Le ministre de l’Emploi et du Travail de la République démocratique du Congo (RDC) a mené la délégation tripartite de Kinshasa lors de la 114e session de la Conférence internationale du Travail (CIT), qui s'est clôturée le 12 juin dernier à Genève. Face aux représentants des 187 États membres de l'Organisation internationale du Travail (OIT), le fleuron de la diplomatie sociale congolaise a tenté de recentrer l'attention internationale sur les réalités du terrain en Afrique centrale, alors même que l'agenda genevois était théoriquement axé sur la régulation de l'économie des plateformes numériques.
Un plaidoyer géopolitique à la tribune de l’OIT
Mardi 9 juin, lors de son allocution solennelle de quatre minutes en session plénière, le chef de la délégation congolaise a choisi de politiser le débat social, rappelant que le droit au travail ne peut s’exercer sans sécurité élémentaire. S’exprimant au nom du président Félix-Antoine Tshisekedi, le ministre a exhorté l’OIT à intervenir, dans le cadre de ses compétences humanitaires et techniques, en faveur des travailleurs de l’Est de la RDC.
Le ministre a dénoncé la situation dramatique des salariés et indépendants installés dans les territoires sous contrôle de la coalition rebelle de l'AFC-M23, qu'il qualifie de suppléments de l’armée rwandaise. Outre ce conflit armé, Ferdinand Massamba a alerté l'assemblée sur un autre péril, sanitaire cette fois : la résurgence de l'épidémie à virus Ebola dans la province de l'Ituri, située à 2 500 kilomètres de Kinshasa, qui fragilise un tissu socio-économique déjà exsangue.
« Il s’agit de répondre à l'urgence sécuritaire, sociale et humanitaire qui prive des milliers de Congolais de leur outil de travail », a martelé le ministre en substance.
Modernisation sociale et commémorations normatives
Malgré ce tableau sombre, Kinshasa a tenu à afficher les gages de sa modernisation institutionnelle. Le ministre a profité des rencontres bilatérales pour saluer les réformes structurelles portées par l’Office national de l’emploi (ONEM), l'Institut national de préparation professionnelle (INPP) ainsi que les caisses de sécurité sociale (CNSS et CNSSAP).
La veille, le lundi 8 juin, la délégation congolaise s'était d'ailleurs jointe aux célébrations du centenaire de la prestigieuse Commission de l'application des normes de l'OIT. Cet événement, marqué par les interventions de Gilbert F. Houngbo, directeur général de l'OIT, et de Noma Kosazana Zouma Meth, ministre sud-africaine du Travail, a permis à la RDC de réaffirmer son attachement au cadre juridique international de l'organisation.
Travail des enfants : les ambitions de Kinshasa face aux réalités mondiales
Le séjour genevois a également coïncidé avec la Journée mondiale contre le travail des enfants, célébrée le 12 juin sous le mot d’ordre « Carton rouge au travail des enfants ». Membre de l’« Alliance 8.7 » — le partenariat mondial pour l'élimination du travail forcé et du travail des mineurs —, la RDC revendique des avancées significatives.
Selon les chiffres avancés par le ministre Massamba :
- Plus de 13 500 enfants auraient été retirés des circuits d'extraction minière (notamment dans les filières du cobalt et du cuivre).
- Plusieurs millions d'autres auraient été scolarisés à la faveur de la politique de gratuité de l'enseignement primaire mise en place par la présidence Tshisekedi.
Ces résultats locaux contrastent fortement avec la dégradation globale de la situation mondiale. Les dernières statistiques de l'OIT rappellent en effet que près de 138 millions d'enfants restent soumis au travail forcé à travers le globe, dont 54 millions au sein d'activités hautement dangereuses.
Avant de regagner Kinshasa, le ministre et ses principaux collaborateurs — dont le secrétaire général à l'Emploi, Donat Bagula Mugangu — ont achevé leur mission par une visite de la mission diplomatique de la RDC auprès de l'ONU, guidés par l'ambassadeur Paul Empole. Un symbole fort pour Kinshasa, qui cherche par tous les canaux à réaffirmer son statut de puissance pivot au cœur du continent africain.
Arnold NDUNDA
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