IGF : Bitasimwa Bahii lance l’ère de l’intelligence artificielle contre la corruption
L ’Inspection Générale des Finances (IGF) amorce un tournant décisif dans sa mission de contrôle des finances publiques en République démocratique du Congo. Un an après son accession à la tête de cette institution stratégique, le Professeur Christophe Bitasimwa Bahii a présenté, ce mercredi à Kinshasa, le bilan de ses douze premiers mois de gestion, tout en dévoilant une nouvelle vision axée sur la modernisation, la transformation digitale et l’intelligence artificielle.
Face aux professionnels des médias, l’Inspecteur Général des Finances-Chef de Service a affirmé sa volonté de rompre progressivement avec la traditionnelle « patrouille financière », méthode de contrôle qui a longtemps marqué l’action de l’IGF. Selon lui, cette approche, bien qu’ayant permis de limiter les détournements et de renforcer la discipline dans la gestion publique, montre aujourd’hui ses limites face à l’évolution des mécanismes de fraude financière et à la complexité des circuits économiques modernes.
Accompagné de son adjoint Emmanuel Tshibingu Nsenga, le Professeur Christophe Bitasimwa Bahii a néanmoins salué les résultats obtenus durant cette première année de mandat. Les opérations d’encadrement et de contrevérification menées par l’IGF ont permis l’intégration de plusieurs milliers de nouveaux contribuables dans le circuit fiscal, ainsi que la récupération de montants considérables issus des redressements fiscaux et douaniers. L’institution a également intensifié la lutte contre les fraudes à travers l’établissement de nombreux procès-verbaux d’infractions douanières et la détection de dizaines de milliers d’agents fictifs dans le fichier de la paie publique, générant ainsi d’importantes économies pour le Trésor public.
Malgré ces performances, le patron de l’IGF estime que les problèmes de gouvernance persistent au sein de nombreuses entreprises et établissements publics. Pour lui, la présence physique permanente des inspecteurs sur le terrain ne constitue plus une solution durable. Il considère que le modèle actuel reste coûteux, lourd à déployer et peu efficace sur le long terme, dans la mesure où les mauvaises pratiques réapparaissent souvent après le départ des équipes de contrôle.
Le Professeur Christophe Bitasimwa Bahii plaide désormais pour une approche fondée sur l’anticipation et la prévention grâce aux nouvelles technologies. Dans cette perspective, il a annoncé la mise en œuvre d’un Plan stratégique triennal couvrant la période 2026-2028. Ce programme vise à transformer l’IGF en une institution moderne capable de fonctionner à travers un système de contrôle intelligent, automatisé et interconnecté.
Le nouveau dispositif reposera notamment sur l’exploitation de l’intelligence artificielle et le croisement automatisé des données issues des régies financières, de la paie publique ainsi que des marchés publics. L’objectif est de mettre en place un contrôle permanent capable de détecter rapidement les irrégularités, d’identifier les risques de fraude et de renforcer la transparence dans la gestion des finances publiques.
Selon le calendrier présenté, l’année 2026 sera consacrée à la dématérialisation des procédures administratives et à la cartographie des plateformes de données. L’année suivante verra le lancement d’un système pilote de contrôle systémique avant une généralisation progressive du modèle à l’ensemble de la gestion publique à l’horizon 2028.
Cette réforme ambitieuse nécessitera un investissement estimé à 39 millions de dollars américains sur trois ans. Une partie importante des financements a déjà été mobilisée, mais l’IGF doit encore réunir plusieurs millions de dollars pour assurer la concrétisation complète du projet. Pour les responsables de l’institution, cet investissement reste largement justifié au regard des pertes financières que ce système permettra d’éviter à l’État congolais.
En clôturant cette conférence de presse, le Professeur Christophe Bitasimwa Bahii a insisté sur la nécessité d’instaurer une culture de discipline, de traçabilité et de reddition des comptes au sein de l’administration publique. À travers cette transformation numérique, l’IGF entend désormais passer d’un rôle de réaction face à la corruption à une mission de prévention systématique des dérives financières, conformément à la vision du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Arnold NDUNDA
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