Kinshasa : le ministre des Infrastructures sur le gril de l’Assemblée
D ÉCRYPTAGE - Jugé trop évasif lors de son audition devant les élus provinciaux, Alain Shilungu voit sa « question orale » transformée en interpellation. Un camouflet politique qui illustre l’exaspération face à l’opacité des chantiers de la capitale.
C’est ce que l’on appelle, dans les couloirs feutrés de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, un « passage à vide ». Venu répondre aux interrogations de la représentation de la ville sur l’état de la voirie et des grands chantiers urbains, le ministre provincial des Infrastructures, Alain Shilungu, n’a guère convaincu. Pire, il a suscité une levée de boucliers chez les élus, au premier rang desquels Jared Phanzu Babaka.
L’élu de Bandalungwa, dont la verve est redoutée, n’a pas tardé à trancher : faute de réponses satisfaisantes, sa simple question orale avec débat se mue désormais en interpellation. Une procédure plus lourde, plus solennelle, qui place le ministre sur une corde raide. « Ce n’est pas une volonté de sanction immédiate », a nuancé le député avec une courtoisie toute parlementaire, tout en laissant planer le spectre d’une mise en cause plus radicale si la lumière n’est pas faite.
Un « pilotage à vue » dénoncé
Le réquisitoire de Jared Phanzu Babaka, point par point, ressemble à un inventaire des maux qui rongent l’administration kinoise. Le député déplore une gestion « à l’aveugle », où les données précises et vérifiables semblent être des denrées rares. L’absence de cartographie claire des projets en cours laisse les élus — et les contribuables — dans l’incapacité de suivre l’évolution réelle du terrain.
Plus grave encore, l’élu pointe une opacité financière persistante. Entre les coûts initiaux des chantiers et les inévitables avenants qui viennent gonfler les factures, le flou artistique semble être la norme. Qui paie quoi ? La distinction entre les financements du pouvoir central et ceux de la province reste, selon lui, d'une « imprécision notoire ».
Le malaise des marchés publics
Mais c’est sur le terrain de la transparence démocratique que l’attaque est la plus vive. Jared Phanzu Babaka a fustigé le manque d’informations sur les entreprises attributaires des marchés publics. Dans un contexte où la commande publique est scrutée de près par la société civile, ce manque de clarté fait désordre.
À l’évidence, le ministre Shilungu a manqué son rendez-vous avec la pédagogie. En l’absence de planification cohérente des travaux, Kinshasa continue de subir des chantiers aux calendriers incertains. Désormais au pied du mur, le ministre dispose de peu de temps pour présenter des dossiers solides. Car derrière le langage diplomatique de l’élu de Bandalungwa, l’exigence de résultats, elle, est immédiate.
L’hôtel de ville de Kinshasa, déjà sous pression, se serait bien passé d’une telle crise de confiance avec sa majorité législative. À la prochaine séance, le ministre ne pourra plus se contenter de promesses : il lui faudra des preuves.
Arnold NDUNDA
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