POLITIQUE : le RCET-CPS de LISANGA BONGANGA accuse la coalition C64 de vouloir « embraser » le pays
E n République démocratique du Congo, le débat autour du changement de la Constitution prend une tournure de plus en plus électrique. Alors que l’Assemblée nationale a adopté, mercredi 27 mai 2026, la proposition de loi référendaire ouvrant officiellement la voie à une réforme constitutionnelle, les tensions politiques s’intensifient entre les partisans du président Félix Tshisekedi et les mouvements opposés à cette initiative.
Lors d’un point de presse organisé à Kinshasa, le Rassemblement des Compagnons d’Étienne Tshisekedi pour le Changement et le Progrès Social (RCET-CPS) a lancé une charge virulente contre la coalition C64, accusée de manipuler l’opinion publique et de chercher à déstabiliser les institutions du pays.
Face aux journalistes, les responsables du RCET-CPS ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « prétextes fallacieux » utilisés par la coalition C64 pour justifier sa mobilisation contre le processus de révision constitutionnelle. Selon cette plateforme proche du pouvoir, la coalition instrumentaliserait l’article 64 de la Constitution — disposition qui impose aux citoyens de faire échec à toute prise de pouvoir par la force — dans le but de créer un climat insurrectionnel.
« Les membres de la coalition C64 ont la prétention de mettre le pays à feu et à sang », a déclaré le RCET-CPS, estimant que les motivations réelles de cette structure restent « cachées ».
Le RCET-CPS s’est également attaqué à plusieurs figures de l’opposition se réclamant de l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi. Le mouvement juge contradictoire leur opposition actuelle à une réforme constitutionnelle alors que, selon lui, le fondateur historique de l’UDPS avait lui-même annoncé dès 2005 son intention de modifier la Constitution une fois arrivé au pouvoir.
Cette référence au combat historique d’Étienne Tshisekedi révèle une bataille symbolique majeure : celle de l’héritage politique du père de l’actuel chef de l’État. Dans le paysage politique congolais, revendiquer cette filiation demeure un puissant levier de légitimité.
Dans son intervention, le RCET-CPS est allé plus loin en rappelant les déclarations de l’ancien président Joseph Kabila, qui avait affirmé être le principal artisan de l’actuelle Constitution adoptée en 2005. Une manière, pour cette plateforme, de relativiser le caractère « sacré » du texte constitutionnel actuellement défendu par certains opposants.
Mais c’est surtout sur le terrain sécuritaire et géopolitique que le ton s’est durci. Le RCET-CPS accuse ouvertement la coalition C64 d’être « l’allié organique et structurel » du mouvement AFC/M23 et de certaines plateformes hostiles au pouvoir, qu’il associe au Rwanda du président Paul Kagame.
Des accusations particulièrement sensibles dans un contexte où l’Est de la RDC reste marqué par l’insécurité persistante et les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali.
La coalition C64 prévoit plusieurs journées de mobilisation baptisées « ville morte » afin de protester contre le projet de changement de Constitution. Le RCET-CPS accuse toutefois ses adversaires de vouloir provoquer des affrontements entre jeunes Congolais et forces de sécurité. Le Rassemblement appelle ainsi la jeunesse au calme et invite la population à « ignorer
les fauteurs de troubles ».
Dans un discours très politique, le RCET-CPS a finalement réaffirmé son soutien au président Félix Tshisekedi, présenté comme « le seul capable d’éviter la balkanisation de la RDC » et de garantir « la paix, la liberté et la démocratie ».
L’adoption de la proposition de loi référendaire marque une nouvelle étape dans un dossier explosif qui polarise profondément la scène politique congolaise. Pour le camp présidentiel, la réforme constitutionnelle est présentée comme une nécessité politique et institutionnelle. Pour une partie de l’opposition, elle pourrait ouvrir la voie à une concentration accrue du pouvoir autour du chef de l’État.
À mesure que le processus avance, la RDC semble entrer dans une phase de forte confrontation politique où chaque camp tente de mobiliser la rue, l’opinion et les symboles historiques pour imposer son récit.
Arnold NDUNDA
0819417337